Entretien avec Llorenç Claramunt, Directeur des droits de l’enfance et de la sauvegarde

Entretien : Imma Amadeo, Communication Maristes Catalogne

1. En quoi consiste le projet ? 

Le projet vise à renforcer l'engagement de la Province envers les Droits de l'Enfant selon trois objectifs très clairs :

  • Renforcement des initiatives déjà lancées dans les domaines de la prévention, de la promotion, de la protection et de la participation.
  • Création d'une entité spécifique dédiée au travail sur les Droits de l’Enfant et la Sauvegarde.
  • Participation active à la nouvelle présence à Genève devant les Nations Unies.

2. Quelles sont les étapes à venir ? Que faites-vous à présent ?

Fondamentalement, nous déployons maintenant les deux premiers objectifs :

  • La coordination avec les responsables des Droits de l'Enfant en Catalogne, en Grèce, en France et en Hongrie, pour poursuivre le travail dans ces pays avec des initiatives déjà en cours, comme la certification, la formation et la mise en réseau.
  • La création d'une entité juridique inteationale basée dans différents pays, pour travailler sur les Droits de l'Enfant et la sauvegarde, en réseau avec d'autres institutions.

« C'est une décision courageuse et importante de la part des Maristes de créer une fondation pour la défense des droits de l’enfant. »

3. Le Vicaire provincial, le frère Xavier Giné, quand il a présenté le projet à l'Hermitage lors de la Rencontre des œuvres éducatives, a dit que le projet « touche le cœur de notre mission ». Comment interpréter ces paroles ?

Nous sommes nés il y a plus de 200 ans pour répondre aux besoins éducatifs et sociaux des enfants en milieu rural de la montagne. 200 ans plus tard, nous maintenons le projet initial et continuons à défendre les droits des enfants. Ce projet est lié aux origines et se trouve au cœur de notre mission.

La Convention relative aux Droits de l'Enfant (1989) nous dit que tous les enfants et adolescents ont droit à l'éducation. Marcellin, dans la création de l'Institut (1817) défend déjà ce droit et d'autres. Actuellement, au 21ème siècle, nous continuons aux côtés des enfants et des jeunes pour défendre leurs droits. C'est pourquoi cela s'inscrit au cœur de notre mission. 

4. Que signifient cette démarche et cette implication pour la Province ?

Ces deières années, la Province a pris une plus grande connaissance de ce que serait la promotion des droits de l'enfant, notamment dans la prévention des violences sexuelles. Cette expérience a conduit de nombreuses institutions à frapper à notre porte. Et cela nous a fait penser que nous pouvions partager notre expérience et nos connaissances. Avec un double objectif : pouvoir accompagner d'autres entités dans l'élaboration de politiques institutionnelles dans la formation, et aussi collaborer avec un réseau d'entités de prestige reconnu dans la défense des droits de l'enfant.

5. Donc... mettre notre expertise au service d'autres institutions ?

Oui, il est possible pour les Maristes de travailler en réseau avec d'autres institutions pour mettre en œuvre des politiques de protection de l'enfance. En fait, collaborer avec d'autres institutions est l'un des meilleurs moyens de protéger les droits des enfants et de promouvoir le bien-être des jeunes. Par exemple, les Maristes pourraient travailler avec d'autres établissements, des organisations de la société civile, des institutions gouveementales et d'autres groupes pour identifier les besoins des enfants à risque et y répondre, offrir un soutien émotionnel et psychologique, promouvoir l'éducation aux valeurs, lutter contre l'intimidation (harcèlement), prévenir la maltraitance des enfants et d'autres formes de violence et aider les enfants à développer leurs compétences sociales et émotionnelles. En fin de compte, la collaboration entre les institutions est cruciale pour garantir que les droits de l’enfant sont protégés et promus dans tous les domaines de leur vie. 

6. Nous ne partons pas de zéro, n'est-ce pas ? Nous établissons déjà des relations avec d'autres institutions...

Tout à fait. Nous avons des relations avec d'autres institutions depuis un certain temps, mais l'idée est d’avancer plus vite. Nous travaillons avec EDUCO, avec UNICEF, avec PORTICUS, UNESCO, des entités d’Église, des congrégations, dans le but de partager des connaissances et des expériences.

7. Avons-nous été courageux en franchissant cette étape ?

Oui, c'est une décision courageuse et importante de la part des Maristes de créer une fondation pour travailler en réseau avec d'autres institutions pour la défense des droits de l’enfant. Grâce à la fondation, les Maristes pourront étendre leur capacité à promouvoir la justice sociale et le bien-être des enfants.

De plus, la création de la Fondation nous aidera à nous connecter avec d'autres groupes et institutions qui travaillent sur des questions liées à la défense des droits de l'enfant. Cela nous permettra de partager des connaissances et des ressources, et d'apprendre les uns des autres.

Il y a quelques mois, à la Rencontre des directeurs des œuvres éducatives tenue à l'Hermitage, frère Ben Consigli nous expliquait ce qu'est un leadership courageux. Eh bien, la création de la fondation en est un bon exemple, car c'est un moyen courageux et efficace de promouvoir la défense des droits de l'enfant.

8. Au niveau de la Province, quelles pourraient être les forces et les faiblesses du travail en commun ? Tous les pays n'avancent pas à la même vitesse...

La Province L'Hermitage des Maristes est composée de différents pays aux réalités et contextes socio-économiques différents, ce qui signifie qu'il y a des forces et des défis dans le travail conjoint.

Points forts : 

  • Synergie : la synergie qui peut être générée en travaillant ensemble peut s’avérer très positive pour la promotion et la protection des droits de l'enfant, puisque les ressources, les connaissances et les expériences peuvent être partagées pour la mise en œuvre des projets.

  • Coordination et soutien : travailler ensemble peut permettre une meilleure coordination entre les différents pays et un plus grand soutien mutuel pour la mise en œuvre de politiques et de projets dans le domaine des droits de l'enfant.

  • Diversité des contextes : les réalités des œuvres socio-éducatives de la Province L’Hermitage sont très différentes, ce qui permet une richesse de perspectives et de possibilités pour la promotion et la protection des droits de l'enfant.

Défis : 

  • Différences culturelles et linguistiques : les différences culturelles et linguistiques peuvent constituer un défi pour la coordination et la compréhension mutuelle entre les différents pays. 
  • Différences dans les contextes juridiques et réglementaires : chaque pays a ses propres lois et normes pour la protection des droits de l'enfant, ce qui peut nécessiter une adaptation des projets et des initiatives à des réalités différentes.

  • Inégalités dans le développement : comme vous le mentionnez, tous les pays n'évoluent pas à la même vitesse, ce qui peut rendre difficile la mise en place de politiques et de projets communs pour la promotion et la protection des droits de l'enfant.

En général, il est important pour la Province L’Hermitage de travailler à la promotion et à la protection des droits de l'enfant en tenant compte des différences et des similitudes entre les différents pays, et en recherchant toujours la coordination et la coopération entre eux.

9. Et pour vous, que représente ce projet ?

Personnellement je me sens enthousiaste mais j’ai aussi un peu peur. Enthousiaste, parce que le projet touche le cœur de la mission et que nous défendons les droits de l'enfant. C'est un mot que les Maristes ont utilisé très souvent dans des projets éducatifs, mais pour la première fois nous le mettons en avant. Nous comprenons que l'enfant est sujet de droits, donc c'est très encourageant.

Et l'autre... qui me sort de ma zone de confort. Ce que j'ai toujours fait, c'est me consacrer au domaine de l'éducation sous différents aspects et c'était un domaine que je connaissais. Nous entrons maintenant dans un nouvel espace, un espace dans lequel il y a des relations institutionnelles, nous devons créer de nouvelles fondations avec non seulement une vision locale, mais en élargissant la vision à toute l'Europe, et cela me rend très conscient de la tâche qui nous a été confiée.

Pour en savoir plus : « Briser le silence », projet de prévention des abus sexuels